Vins de longue vie

Goldert

La Côte d'Or n'existe pas seulement en Bourgogne, il y a, au sud de Colmar, une localité où le vignoble séculaire concentre dans ses fruits les reflets de l'or liquide. C'est la commune de Gueberschwihr et son grand cru, le Goldert. La conjonction de la géologie et du microclimat fait du Goldert un sanctuaire à la gloire de Dionysos, le dieu de la vigne et du vin.


Ses sols partagent la veine de calcaire oolithique qui nourrit les grands terroirs du canton de Rouffach. Comme dans le Hatschbourg, son voisin de Hattstatt et Voegtlinshoffen, ce sont des sols lourds, profonds et bien drainés, recouverts de dépôts quaternaires qui se dissolvent vers le bas du terroir dans une matrice argileuse. Cependant, cette ressemblance ne signifie pas qu'ils soient identiques. Chaque lieu-dit comporte des traits de caractère propres, qui, même infimes, soulignent sa personnalité. " La pente, l'exposition, la texture du sol, ainsi que l'alignement des rangées des ceps qui, selon leur orientation, peuvent maintenir un microclimat spécifique en contrôlant les mouvements de l'air, influencent le comportement de la vigne", explique Jean-Bernard Humbrecht, président du syndicat viticole de Gueberschwihr. Le Goldert est un des rares grand crus à être orienté plein est et cette exposition détermine la nature et l'originalité de ses vins.

Vins de longue vie
L'orientation vers l'est protège le vignoble des fortes chaleurs des après-midi et préserve son état sanitaire très tard dans l'année, observe Lucien Gantzer de Gueberschwihr. " En outre, les sols marno-calcaires se réchauffent lentement et par conséquent l'acidité demeure plus longtemps dans les raisins. Ils évoluent progressivement vers la maturité optimale en développant une belle structure et un bouquet aromatique tout en finesse, en particulier dans les vignes de plus de 40 ans. " C'est l'observation de ces facteurs essentiels qui ont amené les vignerons du Goldert à privilégier le gewurztraminer et le muscat sur leur grand cru, deux cépages exigeants et délicats. Le climat frais permet à ces cépages d'acquérir, dans un environnement sain, l'acidité dont ils ont besoin pour structurer leur richesse aromatique. " Un muscat et gewurztraminer sans acidité auront perdu au bout de trois ans leur fruité et ne seront plus intéressants ", souligne Olivier Zind-Humbrecht de Turckheim. " Un grand terroir, estime-t-il, c'est la capacité du sol à donner un caractère particulier au raisin, du fait de sa géologie, sa manière d'intégrer le microclimat, sa capacité de drainage. Quand ces éléments naturels sont réunis, il appartient à l'homme de choisir le cépage qui traduira le mieux ces vertus intrinsèques. Cela ne peut se vérifier que sur le long terme, c'est pourquoi l'expérience des anciens devient primordiale. "

Le respect du choix des anciens permet aux vignerons du Goldert d'élaborer des vins de longue vie qui scintillent dans le verre comme de l'or liquide ; ce qui donne toute sa signification au nom du terroir, Goldert, côte d'or en allemand. Remarquables par leur équilibre et leur capacité à se bonifier avec le temps, les gewurztraminers se caractérisent par leur rondeur en bouche, bien charpentés, aromatiques et frais avec une finale très aérienne. Les muscats recèlent un fruité intense et fin, une agréable fraîcheur qui encense la maturité parfaite.

Ressources du terroir
" Nous sommes persuadés qu'en Alsace ont peut faire les plus grands vins blancs du monde ", déclaré Francis Burn, vigneron-récoltant de Gueberschwihr, inspiré par les ressources du Goldert et l'histoire de la localité blottie à ses pieds. Dès 750, rapporte l'historien du vignoble alsacien Médar Barth, Gueberschwihr est une localité viticole de grand renom. Affirmation certainement exagérée si l'on considère que, à cette époque, la plupart des bourgades autour de Rouffach se composaient de quelques fermes disséminées sur les collines. Mais lorsque le village est mentionné pour la première fois, en 1201, sous nom de "Gebelischeswilre ", il possède déjà son église romane, dont le clocher en grès rose témoigne encore de nos jours de la singularité des lieux. " Gueberschwihr était jadis la résidence de plusieurs familles nobles. Elles étaient attirées par la grande fertilité du terroir, l'abondance de ses eaux vives et fraîches, la variété des cultures et la douceur du climat ", dit une chronique du XVI siècle. Les archives communales attestent que la localité, administrée depuis Dagobert II par deux évêques, celui de Bâle pour le spirituel et celui de Strasbourg pour le temporel, est aussi convoitée par la qualité de son vignoble dont divers couvents environnants et les nobles seigneurs, parmi lesquels les Chevaliers de l'Ordre Teutonique, se partagent les meilleures parcelles.

Trésors du vignoble
Aujourd'hui Gueberschwihr, comme toutes les communes vigneronnes du piémont vosgien, apparaît soudée à son vignoble. Mais ici, la complicité prend la forme de l'étreinte. Le village émerge entre les vignes qui montent l'assaut du coteau, se frayant un espace limité par le rempart végétal. Dans ses ruelles tortueuses, les maison de style Renaissance combinent sobriété et élégance. Beaucoup d'entre elles arborent des écussons sur lesquels on devine que la cité connut ses moments de gloire entre le XVIe et le XVIIe siècles. Parfois fleurissent encore les blasons des artisans de jadis, les instruments des tonneliers, les équerres des charpentiers ou les serpettes des vignerons. Au fond des larges cours intérieures, une porte en plein cintre annonce le sanctuaire du vigneron, c'est-à-dire le cellier dans lequel s'alignent, entre des colonnes en pierre sculptée, les fûts en chêne centenaires. Ces caves, qui soutiennent la structure des maison habitées par des générations successives de familles dédiées à la culture du vin, renferment aussi des trésors intimes : les grands crus provenant du Goldert.

Titres de noblesse
" L'exiguïté du ban de Gueberschwihr a amené ses habitants à tirer le meilleur parti de leur terre ", raconte Gérard Hertzog, vigneron-récoltant et maire de la commune pendant plus de trente ans. " Du point de vue du vignoble cela a empêché que l'on déborde sur la plaine. Même lorsque la polyculture avait disparue du paysage, on est toujours restés sur les flancs des coteaux, ni trop haut, ni trop bas, indifférents à la "course à l'hectare". Dès les années 1970, nous avons mis en place un plan d'encépagement afin de bien choisir les meilleurs cépages pour nos terroirs, car si l'on peut planter du sylvaner ou du pinot blanc partout, il n'en va pas de même pour les gewurztraminers, les tokays pinots gris, les muscats ou les rieslings." Il s'agissait de renouer avec la rigueur d'autrefois, conclut-il, en remémorant la hardiesse manifestée par les vignerons de la commune au XVIIIe siècle pour défendre leurs vins du dénigrement pratiqué au grand marché de la ville de Colmar : " Gueberschwihr, raconte-t-il, envoya en 1728 une délégation à Lucerne, avec ses meilleurs échantillons de vin. La découverte fût telle que la municipalité suissesse, leur accorda, à partir de ce moment là, le droit de vendre leur vin aux endroits réservés à la vente des meilleurs crus, d'autant plus, soulignait le document de l'époque, que les vins présentés par Gueberschwihr, ne le cèdent en rien aux autres, ni en qualité, ni en bouquet, ni en vigueur. " Plus tard, en 1886, la ville de Francfort leur décernera de semblables titres de noblesse.

Confiance en soi
Lorsque le vigneron élabore son vin en s'imaginant la satisfaction du consommateur, la récompense est plus importante que l'hypothétique médaille d'or convoitée lors des concours. Les vins du Goldert ont toujours bénéficié d'une excellente réputation, et pourtant ils méritent d'être encore plus connus. Les choses changeraient sans doute dans le bon sens, si le nom du grand cru figurait clairement sur les étiquettes de toutes les bouteilles que viennent de ses vignes. Il y a encore beaucoup de vignerons qui ne revendiquent pas l'appellation Goldert. Est-ce par crainte de ne pas être à la hauteur ou par intention délibérée de cacher un excès de rendements ? se demande Francis Burn. " Un grand cru, dit-il, est l'accomplissement des grands vins. Au-delà, il ne peut y en avoir de meilleurs, il y aura des vins différents. Pour le réussir il faut d'abord avoir confiance en soi et, ensuite, conduire son terroir de telle sorte que la qualité jaillisse directement de la vigne. "

Autrement dit, la démarche du vigneron doit transparaître dans la bouteille. " De nos jours, déclare à ce propos Olivier Zind-Humbrecht, le client demande, de plus en plus, à savoir d'où vient le vin qu'il achète, comme on cultive la vigne, ce que devient le raisin. Il cherche à vérifier l'évolution du vin auprès du vigneron. Le grand cru est en ce sens une garantie d'origine et d'originalité."
Vous pouvez lire l'Avis du Connaisseur sur les vins issus de ce terroir.

Victor CANALES

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