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 Bio & Co. Questions de mots.
Format Raisin n° 54
Intégrée, biologique, biodynamique… Plusieurs courants de pensée se côtoient dans le vignoble alsacien. Avec un même objectif, pratiquer une viticulture respectueuse de l’environnement. Tour des mots du bio.

En choisissant pour emblème une coccinelle qui est un prédateur naturel, l’association Tyflo annonce d’emblée la couleur. Elle veut favoriser l’équilibre de la vigne et de son écosystème pour produire un vin de qualité. Ses adhérents s’efforcent de mieux connaître et comprendre la vigne, de préserver la qualité du sol, de l’eau, de l’air et du paysage. « C’est un concept de viticulture durable », explique son président, Jean-Marie Bechtold, vigneron à Dahlenheim. Il privilégie la vie des sols en renforçant les défenses naturelles de la vigne et en respectant la faune utile.
Ses adhérents se sont engagés à respecter le cahier des charges Tyflo. Ce contrat moral, assorti de contrôles Ecocert, impose une période de conversion de deux ans. A l’issue de cette période, le vigneron peut faire référence à la production intégrée, reconnue par l’Organisation internationale de lutte biologique et intégrée (OILB). Le cahier des charges préconise l’enherbement naturel, interdit l’utilisation de désherbants résiduaires et prône une fertilisation raisonnable à base d’engrais naturels et de composts. Les traitements phytosanitaires sont tolérés, s’ils sont autorisés par l’association.
L’objectif des vignerons engagés dans cette démarche est de favoriser une maturité optimale des raisins en fonction du type de vinification. Avec pour finalité un vin de qualité, reflet de cette relation privilégiée à la terre. Aujourd’hui, explique le président de l’association, cette démarche est entrée dans les caves. « Nous préparons un cahier des charges œnologie. Mais ce n’est pas évident car chacun a sa façon de travailler ».

Prévenir, plutôt que guérir

Souvent décriée par le passé car elle s’opposait à une logique productiviste, la viticulture biologique a le vent en poupe. En Alsace, 52 vignerons cultivent 450 ha en bio. Aussi appelés agrobiologistes, les viticulteurs en agriculture biologique accordent une très grande importance à l’activité microbienne des sols et cherchent à pérenniser les espèces animales et végétales favorisant l’écosystème naturel. Aussi soignent-ils l’enherbement, parce qu’il aère le sol, nourrit les vers de terre et concurrence la vigne, l’obligeant à aller puiser ses ressources en profondeur, dans un sol plus expressif du terroir. De plus, en aménageant ou restaurant des talus, murailles, haies, etc. ils préservent le biotope des prédateurs naturels. Par ailleurs, ils privilégient le compostage des déchets organiques et l’implantation d’engrais verts.
L’agriculture biologique se caractérise fondamentalement par l’utilisation des produits exempts de molécules chimiques de synthèse. Pour soigner leurs vignes, les « bio » ont recours à des matières premières d’origine naturelle, comme le cuivre, le soufre, les insecticides d’origine végétale, le dispositif de lutte étant basé sur la prévention, ainsi que sur la préservation de la faune auxiliaire. Mais la viticulture bio a un prix. Des contrôles très exigeants, garants du respect du cahier des charges de la FNIVAB (Fédération nationale interprofessionnelle des vins de l’agriculture biologique), besoins accrus en main-d’œuvre, coûts de production plus élevés. De plus, la prise de risque est plus importante face aux maladies de la vigne – et surtout aux maladies du bois – et la productivité est plus faible.
Pour l’instant, les agrobiologistes ne peuvent apposer la mention « vin biologique » sur leurs bouteilles. Pour autant, le terme « vin bio » est largement répandu… et reconnu. La situation pourrait évoluer : sous la houlette de l’Onivins, un comité de pilotage s’est constitué pour valider un cahier des charges de vinification en agriculture biologique. L’occasion d’entériner des pratiques œnologiques beaucoup plus restrictives que celles de la viticulture conventionnelle.

Une vision cosmique

S’appuyant sur les préceptes développés par Rudolf Steiner au début du siècle, la biodynamie va plus loin que l’agriculture biologique. Comme elle, elle se soucie de préserver la nature. Mais elle part du principe que la terre est dans un tel état de dégradation qu’il faut tout mettre en œuvre pour la restaurer. Car, estiment les agrobiologistes, des décennies de course au rendement et de techniques œnologiques ont certes permis de produire des vins « sains, loyaux et marchands » selon la formule consacrée, mais elles les ont dépouillés de leur âme. Et elles sont parvenues à fragiliser les vignes au point de les priver de leurs défenses naturelles et de les rendre dépendantes de l’intervention humaine. Pour leur rendre leur équilibre naturel, il convient de mettre en phase les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu, c’est-à-dire le soleil. La biodynamie s’efforce de capturer toutes les énergies propices pour faire vivre la partie souterraine (racines) et aérienne (feuilles, fleurs et fruits) de la vigne. Pour l’entretenir, elle utilise des préparations à base de plantes (ortie, prêle), de cristal de roche ou de matières animales.
Toutes les interventions des biodynamistes sont déterminées en fonction d’un calendrier qui tient compte des rythmes terrestres, lunaires et cosmiques, aussi bien pour les interventions culturales que pour les opérations en cave. Ceux que ces pratiques quelque peu mystiques pourraient faire sourire s’inclinent généralement devant la qualité et l’originalité des vins élaborés selon cette philosophie. En Alsace, huit vignerons sont engagés auprès de la marque Demeter.





Anny Haeffele


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