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| Le grand cru Wineck-Schlossberg
s'élève entre 280 et 400 mètres d'altitude face à la plaine d'Alsace et à la
ville de Colmar. Le long de ses pentes inclinées, la vigne forme une fresque
verdoyante sur laquelle vient s'imprimer le clocher immaculé de la commune
de Katzenthal. Vers le haut de la colline, la veille tour du château du
Wineck projette sa silhouette altière sur un vignoble plusieurs fois
centenaire. |
Photo : Zwardon Frantisek
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Les ruines de
l'ancienne forteresse se dressent telle une sentinelle protectrice du grand
cru qui s'étale à ses pieds. Son nom souligne la pérennité d'un lieu
consacré à la culture de la vigne depuis les temps le plus reculés, Wineck
signifie "coin du vin". Mais ce vestige de gloire des siècles passés évoque
aussi l'étroite relation qui existait entre la puissance des maîtres du
monde et la possession des meilleurs vignobles.
Esprit de la cave
La légende veut que le Wineck ait été, à l'aube du Moyen Age, le repaire
d'un baron franc appelé Kaze qui aurait transmit son nom à la petite vallée
de Katzenthal, "la vallée des chats". On pourrait aussi imaginer que dans
cette dénomination se cache le gros matou que l'Abbé Braun, dans ses
"Légendes du Florival", voit roder autour du Kitterlé et dans lequel il se
plaît à deviner l'esprit malicieux de la cave. Guebwiller n'est pas très
loin pour un génie des montagnes et l'esprit du vin voyageait allègrement
dans l'Alsace d'autrefois.
La première trace écrite des vins de Katzenthal apparaît au XIII siècle. En
1264, un certain Werner Von Hattstatt offre au couvent d'Unterlinden de
Colmar du vin du "Cuttental". A partir de cette époque le vignoble du
Schlossberg apparaît indissociable des chevaliers qui détiennent le château
du Wineck, d'abord les comtes de Ferrette, puis les ducs de Habsbourg et les
Rathsamhausen, tous plus ou moins inféodés aux évêques de Bâle ou de
Strasbourg. Aujourd'hui, la ruine féodale fait l'orgueil des vignerons de
Katzenthal. Fiers de posséder le seul grand cru de la région avec un château
au milieu des vignes, ils ont installé dans le fossé creusé dans le roc une
vinothèque destinée à conserver vivante la mémoire des meilleurs millésimes.
Lieu de prédilection pour le riesling et le gewurztraminer, le
Wineck-Schlossberg réunit les conditions idéales pour permettre à la vigne
de donner des vins superbes. Ses sols, essentiellement composés d'arènes
granitiques à deux micas, sont de la même veine que ceux que l'on retrouve
dans les grands crus Brand de Turckheim et Sommerberg de Niedermorschwihr.
Légers, bien exposés aux rayons du soleil dans leur pente accentuée et
régulière en direction du sud et du sud-est ; abrités des vents dominants
par la vallée fermée de Katzenthal, ils engendrent un terroir d'une
étonnante précocité. Une précocité que la jeune génération de vignerons du
grand cru se plaît à souligner dans les propos et dans les vins.
Terroir précoce
Originaires de Katzenthal, d'Ammerschwihr, commune sur laquelle déborde le
Wineck-Schlossberg, de Niedermorschwihr ou de Kientzheim, ces vignerons ont
en commun le côté jovial, affable et généreux qui caractérise les gens du
vignoble. Sans prétentions ni snobisme, ils revendiquent le droit à faire
des vins jeunes, plaisants à boire. Au risque de heurter les tenants de
l'orthodoxie des grands crus, ils affirment qu'il n'y a pas de raisons de
prétendre qu'un vin grand cru doit être obligatoirement fermé et austère
dans ses jeunes années : "Le fait qu'un vin puisse se boire jeune n'enlève
rien à ses qualités", déclare Yves Spanagel de Katzenthal.
"Le Wineck-Schlossberg est un des terroirs de plus précoces d'Alsace,
explique son collègue Jean-Luc Klur-Stoecklé, la vigne fleurit plus tôt
qu'ailleurs et les conditions climatiques permettent au raisin d'atteindre
une maturité exceptionnelle dès le début de l'automne, cette précocité se
retrouve dans nos vins. Nos rieslings expriment au bout de deux an, un
musqué très typique et une belle acidité. Ils sont frais, citronnés et
faciles à boire".
Méfiants à l'égard des discours élitistes "qui voudraient imposer une forme
de pensée unique", ils avouent volontiers que leur but n'est pas de briguer
la grande gastronomie mais de satisfaire une clientèle qui ne cherche pas
l'exotisme, qui aime les rieslings pouvant accompagner agréablement la
cuisine traditionnelle. "Un riesling agréable, cela ne veut pas dire doux,
précise Emmanuel Ecklé, mais sec, avec peu d'alcool, nerveux, direct et
d'une belle fraîcheur." "Nous travaillons pour une clientèle de particuliers
qui ne cherche pas des vins compliqués", ajoute Maurice Schmitt, en
soulignant qu'il est préférable d'avoir cette sorte de clients que des gens
qui tiennent un discours délirant sur le vin et qui n'en consomment qu'une
bouteille tous les 15 jours. "Parfois, renchérit Nicolas Klur, il arrive
avec le vin comme avec la peinture abstraite, ce que l'on dit sur le tableau
compte plus que le tableau lui-même, où, d'ailleurs il n'y a rien à voir".
La différence, dirait un dégustateur avisé, c'est que, si l'essentiel est
invisible aux yeux, un palais averti ne saurait ignorer les saveurs qui le
titillent !
Plus qu'une théorie sur les grands crus, les vignerons du Wineck-Schlossberg
défendent une pratique qui consiste à laisser la nature s'exprimer dans le
vin. "La typicité du vin se fait presque de façon naturelle chez le
vigneron-récoltant, estime Pierre Boxler de Niedermorschwihr, nous récoltons
de petites quantités dans des petites parcelles. Chaque pied de vigne
retient notre attention, surtout sur le Wineck-Schlossberg où la raideur des
pentes rend toute mécanisation impossible, et dans nos caves il n'y a que la
vendange de nos parcelles. Celle-ci est différente selon les années et par
conséquent nos vins peuvent aussi être différents d'une année à l'autre. Il
n'y a pas des vins standards chez le vigneron récoltant," conclut-il.
Un souffle nouveau
Le propre de la jeunesse est d'aller à contre-courant. Les jeunes admettent
cependant qu'il y a un certain risque à tout miser sur la précocité du vin,
car un grand cru se définit aussi par son aptitude au vieillissement. "Le
fait que nous mettions en avant la grâce juvénile de notre grand cru ne
signifie pas que ses vins ne soient pas des vins de garde, explique Jean
Marc Bernard, président du syndicat viticole de Katzenthal. Notre problème,
poursuit-il, c'est que la plupart des vignes du coteau sont encore
relativement jeunes. Mais en surveillant les rendements on peut arriver à
des belles choses. Lorsque les vignes sont plus âgées, on obtient des vins
typés d'une belle complexité aromatique et minérale qui s'affirme avec le
temps."
"Il nous faudrait un leader qui insuffle une nouvelle inspiration",
reconnaissent les vignerons, tout en soulignant les limites de leur
expérience des grands crus : "Nous avons beaucoup des choses à apprendre du
terroir, souligne Christophe Gesickt d'Ammerschwihr, pour l'instant nous
sommes de pionniers, mais il est certain que la notoriété viendra à mesure
que nous découvriront les possibilités de notre grand cru."
Vous pouvez lire
l'Avis du Connaisseur sur les vins issus de ce terroir.
Victor CANALES |
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