|
|
 |
|
|
 |
| Tel un diadème sur le front d'une
belle au bois dormant, ce Grand Cru s'étale en bande étroite le long de la
colline plantée de vignes en bordure de l'ancienne cité médiévale. |
Photo : Zwardon Frantisek
|
Si autrefois ces
coteaux étaient fameux par ses vins rouges, aujourd'hui, tous les cépages
qui caractérisent les vins d'Alsace trouvent là un terrain et un climat de
prédilection. La typicité des vins du Vorbourg vient de la conjonction
heureuse entre les conditions naturelles d'un sol calcaire, une excellente
exposition au soleil et le travail séculaire des hommes.
La ville de Rouffach se confond avec son vignoble au point d'apparaître
indifférente au vacarme du monde moderne qui se déroule autour d'elle. Sous
ses airs vieillots, elle renferme dans ses murs une histoire glorieuse où le
vin est toujours présent. Ses résidences patriciennes et ses bâtisses de
vignerons nous rappellent que Rouffach était, jadis, capitale du Haut Mundat
et une des principales places de la viticulture alsacienne.
Nul n'ignore que le roi Dagobert était généreux comme un vin de qualité. Par
contre personne ne sait si, en installant sa demeure au château d'Isenbourg,
le monarque avait fait le rapprochement entre le nom antique de la cité:
Rubiaquum (Les Eaux Rouges) et le délicieux nectar de la même couleur
produit sur les coteaux environnants. Mais il est certain que ce vin faisait
les délices des Rois Fainéants de l'époque mérovingienne ainsi que des
nombreux couvents qui florissaient aux pieds des vignes. Les moines
évangélisateurs, tout comme les princes, suivaient déjà la route du vin.
Lorsqu'ils faisaient une halte sur le chemin de la spiritualité c'était, de
toute évidence, pour mieux asseoir leur pouvoir temporel. "Les monastères
s'installent rarement sur la steppe" commente un érudit rouffachois.
Certains moines vont jusqu'à baptiser le vignoble de leur patronyme. Saint
Landelin, un irlandais venu prêcher la bonne parole, se perpétue dans le
clos qui porte son nom au sein du Grand Cru Vorbourg. A la croisées des
chemins, sur la route mérovingienne, Rouffach est ardemment convoitée par
les tenants du pouvoir temporel et intemporel qui, d'ailleurs, sont souvent
les mêmes. Mais à Rouffach les responsabilités sont partagées entre l'évêque
de Strasbourg et celui de Bâle. Le premier s'occupant de la spiritualité du
peuple, le second des terres qui le font vivre. Une légende locale attribue
ce partage à la grande âme du roi Dagobert. "Le roi des Francs avait un fils
prénommé Sigebert, raconte Jean-Pierre Faust archiviste de la ville de
Rouffach. Un jour, le jeune homme est mortellement blessé en poursuivant le
sanglier dans la plaine d'Alsace. Que faire dans un tel cas? Le bon roi
s'adresse à l'évêque de Strasbourg, Arbogast d'Aquitaine, bien connu pour sa
sainteté exemplaire. L'intercession épiscopale provoque le miracle: Sigebert
recouvre la vie. L'événement offre une occasion sans pareil à Dagobert pour
accomplir sa générosité légendaire. En signe de reconnaissance, le bon roi
offre à l'évêque le bail de Rouffach et de ses environs". Pour ceux qui
mettent en doute la véracité de l'imagination populaire, signalons qu'il
existe, une charte datée de l'an 677 signé au château d'Isenbourg, par
laquelle le roi des Francs donne trois fermes à l'église de Strasbourg. Le
document ne dit pas comment le reste fut acquis; mais le fait est que le
district de Rouffach figure, dans l'histoire, parmi les plus anciennes
possessions en Haute Alsace de l'évêché strasbourgeois et le restera jusqu'à
la Révolution. Pendant que Rouffach se développe et prospère à l'abri d'une
double enceinte de murailles et sous la protection du château d'Isenbourg,
ses crus délicats et subtils aboutissent sur les tables des évêques de
Strasbourg et de Bâle; plus tard sur celles des Ducs de Lorraine et des
Princes de Bavière. A l'intérieur de la cité la vie s'organise autour du
vin. Chacun, si pauvre soit-il, explique un document de 1627, fait un peu de
vin. Beaucoup n'ont pas un grain de blé pour nourrir femme et enfants et
échangent, aux gens de la Hardt, d'Autriche, de Suisse, leur vin pour se
procurer froment, fruits, beurre et argent. Parmi les corporations apparues
dès le moyen-âge, les deux confréries de vignerons se trouvent à la tête de
l'organisation de la vie de la cité, raconte Jacques Ehrhart, historien
invétéré de l'histoire de Rouffach. Elles règlent l'embauche, les conditions
de travail et les salaires des ouvriers. En temps de guerre elles ont pour
mission de défendre la ville dont les murs longent le vignoble afin de le
protéger contre les dévastations sauvages. Les vendanges sont soumises à une
réglementation sévère et toujours repoussées au plus tard de l'année. Le
prix du vin est fixé par commun accord entre le bailli, le prévôt et les
chefs des confréries vineuse. Toute tromperie ou falsification de vin, dont
les rouffachois sont fiers, est puni sévèrement et sans égard par les
magistrats de la ville. La vente est confiée à des employés assermentés,
garants de la qualité du produit. Le souci du travail consciencieux et de la
qualité du vin est une constante dans l'histoire de Rouffach. Dès 1600
apparaît, dans la cité, la formation d'apprenti vigneron et ce n'est pas un
hasard si c'est à Rouffach qu'est fondé, en 1842, un Lycée Agricole où dès
sa création, on y dispense un enseignement unique en Alsace, sur les métiers
de la vigne et du vin. A la fin du XIXeme siècle, les historiens évoquent le
vignoble autour du château d'Isenbourg comme un modèle d'exploitation
viticole. Dans son livre sur l'Alsace et ses habitants, publié en 1889,
Charles Grad nous raconte que lors de la plantation des vignes une grande
attention préside au choix des cépages, sélectionnés en fonction de la
nature du terrain et de son exposition au soleil, les diverses sortes de
raisins ne sont jamais mélangées. Avant d'être pressés les grains de
maturité imparfaite ou atteints de pourriture, sont séparés du reste de la
vendange. En cave, une fermentation régulière est assurée par le maintien
d'une température constante. A ces procédés traditionnels s'ajoutent,
parfois, l'utilisation de moyen aussi audacieux que la technique de l'époque
peut le permettre: "Dans la partie les vignes la plus exposée aux gelées
printanière, explique Charles Grad, j'ai re-marqué la présence d'un
thermomètre enregistreur relié à une sonnerie électrique placée dans la
chambre à coucher du vigneron. A l’époque des gelées, dès que le froid
atteint un certain degré, la sonnerie se déclenche et, aussitôt, qu'elle que
soit l'heure, le propriétaire et son petit monde se retrouve dans le
vignoble. Au moyen de matières préparées d'avance, qu'ils enflamment, créant
des nuages artificiels dans les endroits les plus exposés". Plus
d'une fois, assure le chroniqueur, cette précaution à permis de sauver la
récolte.
Saint Urbain, patron des vignerons de Rouffach et empêcheur de geler en
rond, n'aurait certainement pas désapprouvé ces méthodes païennes si les
rouffachois ne l'avaient détrôner quelque 200 ans auparavant.
Ainsi, au long des siècles, les vignerons de Rouffach n'ont cessé d'oeuvrer
pour améliorer la qualité de leurs vins. "Les Grands Crus, déclare André
Roth, ingénieur viticole au Lycée Agricole, sont une réalité historique.
L'appellation accordée aujourd'hui, n'est que la reconnaissance de la valeur
qu'ils avaient déjà". Une valeur qui se perpétue au travers des vignerons de
Rouffach qui, de père en fils, se sont donné comme objectif la quête de la
perfection.
Victor CANALES |
|
|
|
 |
 |
 |
 |
| |
Annuaire des vignerons indépendants d'Alsace
inventez votre route des vins...
la suite |
|
|
 |
|