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| Au cœur d'une région où la vigne règne en
maître absolu, le grand cru Steingrubler flatte la fierté des vignerons de
Wettolsheim, petite commune haut-rhinoise entièrement vouée à la
viticulture. Situé entre 280 et 350 mètres d'altitude et orienté au sud-est,
il apporte sa tonalité particulière à la diversité des vins originaux
produits dans les paisibles collines qui agrémentent le paysage à l'ouest de
la ville de Colmar. |
Le grand cru prend naissance au
pied des maisons vigneronnes et se déploie sur 33 hectares à flanc de
coteaux, en direction de la montagne, au-dessous d'une ancienne carrière de
pierres qui lui donne son nom. Ses sols, caillouteux marno-calcaires et
argilo-sableux établis sur des marnes et conglomérats calcaires de
l'Oligocène, sont prédestinés à la production des vins de longue vie. En
particulier des rieslings souples et harmonieux, dans la partie supérieure
où dominent les arènes granitiques, et des gewurztraminers, opulents et
charmeurs, dans les parcelles plus argileuses et calcaires du bas.
Surprenant par leur équilibre et leur richesse aromatique, ils sont
l'expression naturelle du terroir.
Fragrance aromatique
Une expression que les vignerons de Wettolsheim s'emploient à préserver dans
toute sa complexité. "Comparé à d'autres grands crus voisins comme le Hengst
de Wintzenheim ou l'Eichberg d'Eguisheim, le Steingrubler donne l'impression
d'être le mauvais garçon de la famille. De prime abord, il présente une
certaine rusticité qui émane de sa force de caractère. Cette rusticité
s'accommode très bien avec les gewurztraminers. Dans leur jeunesse ces vins
sont corpulents, puissants, très expressif du cépage. Mais ensuite, dans la
mesure où l'on a observé une certaine conduite de la vigne et des
rendements, ils acquièrent une fragrance aromatique de fruits et de roses
qui se fond dans la minéralité et la finesse du terroir", raconte Jacky
Barthelmé de la maison Albert Mann. La remarquable réussite des
gewurztraminers n'éclipse pas pour autant les performances des rieslings,
voire des tokays pinots gris, dans le grand cru. "Les plus grands cépages
ont toujours leur place dans les grands terroirs. Dans le Steingrubler, il
n'y pas un cépage phare, mais des vins différents qui traduisent les
diverses possibilités qui s'offrent au vigneron. L'important est de trouver
l'équilibre entre la plante et le sol pour atteindre le meilleur niveau de
qualité", déclare Jean Jacques Stentz-Beucher, en soulignant la richesse des
rieslings et l'extraordinaire générosité des tokays pinots gris.
Jardin de mémoire
Entourée de vignes jusque dans ses moindres recoins, la commune de
Wettolsheim semble indifférente à la proximité bruyante de l'agglomération
colmarienne. Ses terres ont vu défiler les peuplades d'origine la plus
diverse à travers les âges. Depuis le néolithique à l'époque romaine,
jusqu'aux mérovingiens et aux temps modernes, toutes les civilisations
anciennes ont laissé leur empreinte indélébile sur son territoire. Un
"Jardin de mémoire" préserve ce patrimoine archéologique dont le langage
nous aide à comprendre les réalités immédiates des époques révolues. Mais
parmi les cultures enracinées dans les sols de Wettolsheim, il en est une
qui transcende l'usure du temps : la culture de la vigne. Par delà les aléas
de l'histoire, la localité a maintenu son identité vigneronne, disputant le
titre de berceau de la viticulture alsacienne aux communes voisines de
Wintzenheim et d'Eguisheim. Peu importe, d'ailleurs, l'endroit où fut planté
le premier cep car il est certain qu'il fleurît bien avant que ne surgissent
les noms sur lesquels se greffent les villages actuels. Les terres
changeaient jadis de ban au gré des propriétaires et, dans ces échanges, la
possession de la vigne était l'élément décisif. Ainsi, "Wetelsheim" est
mentionné pour la première fois en 1211, dans une donation à l'abbaye de
Marbach, qui, avec l'Evêché de Strasbourg et sa kyrielle de couvents, se
partageait à l'époque le plus clair du vignoble. Le "Steingrub", apparaît
quant à lui en 1487, dans un écrit de Marbach, à un moment où les vins de la
région trônent sur les tables princières de l'Europe septentrionale.
Préserver l'écosystème
La notoriété de jadis n'est cependant pas un miroir dans lequel les
vignerons de Wettolsheim se complaisent. Pour eux, c'est une donne qui
renforce leur foi dans le terroir et inspire leur démarche quotidienne. "Si
les vins d'Alsace étaient autrefois parmi les plus le plus appréciés
d'Europe, c'est sans doute parce que nos ancêtres savaient composer avec les
vertus du sol et de l'environnement. Au cours du temps nous avons perdu
cette faculté de communion. Aujourd'hui nous devons la redécouvrir pour que
nos vins retrouvent la supériorité perdue", déclare François Bermes-Beucher.
Il y a en effet plusieurs périodes dans l'histoire de la viticulture
alsacienne, et toutes ne sont pas dignes de référence, sinon comme exemple
de ce qu'il ne faut pas faire, souligne son collègue André Stenz : "Après la
Deuxième Guerre mondiale, déclare-t-il, les progrès technologiques nous ont
fait oublier ce qu'était la nature. Le vignoble a suivi la tendance
productiviste prônée dans l'agriculture. Les usines de poudre à canon,
transformées en usines d'engrais, nous inondaient de fertilisants nouveaux
et la recherche agronomique misait sur des molécules et des clones à gros
rendements, sans tenir compte de la complexité de l'écosystème". Ces
pratiques ont entraîné un appauvrissement des sols souvent compensé par des
apports en nitrates, qui, à leur tour, fragilisaient davantage la terre et
perturbaient le cycle biologique de la plante, la maturité du raisin, et par
conséquent la qualité du vin. "C'est en touchant le sol que j'ai pris
conscience des dégâts. La vie microbienne était décimée", dit encore André
Stenz converti à la viticulture biodynamique depuis une quinzaine d'années.
La signature du sol
Cette prise de conscience n'a pas été évidente pour tous, car il est
toujours difficile de renoncer à la commodité des habitudes, mais désormais
elle est quasi générale, affirme François Barmes-Beucher : "Dans le village,
nous avons compris que l'on ne peut faire du vin de qualité en agressant la
nature. Les insecticides et pesticides laissent des résidus dans le vin qui
dénaturent son goût. Leur usage excessif bloque la photosynthèse et retarde
la maturation du fruit, et l'engraissement chimique de la plante ne favorise
pas son enracinement profond. Tous ces facteurs nocifs sont un obstacle à
l'élaboration des vins de caractère qui incarnent l'original de la terre et
du cépage." Le travail des sols, l'enherbement et le compost remplacent
désormais le recours aux engrais azotés et aux herbicides. Quant à la lutte
contre les parasites elle se fait par des méthodes écologiques, telles que
la confusion sexuelle pour combattre le ver de la grappe, plus respectueuses
de l'environnement et du rythme naturel des saisons. Il ne faudrait pas
croire, pour autant, que les vignerons de Wettolsheim sont tombés sur le
charme bucolique du retour au passé précise André Stenz. "On ne revient
jamais en arrière, nous essayons simplement de réconcilier l'homme avec sa
terre en nous aidant des connaissances scientifiques qui permettent d'éviter
les erreurs."
L'avenir du vignoble repose sur l'originalité des vins et celle-ci dépend du
respect que l'on prodigue au terroir, estime Jacky Barthelmé : "Les
nouvelles réalités s'imposent au-delà du microcosme local. Quand on est sur
les marchés internationaux, face à des concurrents qui vendent des vins de
qualité deux ou trois fois moins cher que nous, la seule manière de
s'imposer est de présenter des vins différents, fins, riches et complexes
qui portent la signature des sols qui les ont engendrés. Des gewurztraminers
ou des rieslings, il peut y en avoir des quantités de par le monde, mais pas
des Steingrubler. Le cépage peut se transplanter, mais pas le terroir ni son
microclimat". Avec ses 450 hectares de vignes Wettolsheim occupe la deuxième
place des communes viticoles d'Alsace. Cette situation impose des
responsabilités, souligne Jacky Barthelmé, "celle d'être à l'avant-garde de
la qualité, en sachant que celle-ci n'est pas le fruit d'une découverte
spontanée, mais le résultat du travail laborieux du vigneron."
Vous pouvez lire
l'Avis du Connaisseur sur les vins issus de ce terroir.
Victor CANALES |
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Annuaire des vignerons indépendants d'Alsace
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