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| Dans la Wanne à Guebwiller, comme dans le
Rangen à Thann et dans le Brand à Turckheim naissent les meilleurs vins du
pays disait un proverbe ancien. La Wanne, qui signifie cuvette, s'appelle
aujourd'hui grand cru Kessler, la marmite. Les vertus du microclimat qui
choit le terroir durant la belle saison se combinent à la physionomie du
terrain pour enfanter des vins souples et harmonieux. |
Le Kessler, comme le Kitterlé,
suit le flanc de la colline Unterlingen qui surplombe le cite de Guebwiller.
Mais alors que son voisin impose sa fière silhouette vers le sud, le Kessler
se tourne discrètement vers est, entre 300 et 390 mètres d'altitude,
repliant son vignoble au cœur de la roche tendre pour mieux le protéger des
courants froids venant du Florival. Le grès des Vosges constitue le socle du
versant de la colline qui accueille les grands crus. Son effritement au
cours des âges a donné naissance à des sols rougeâtres où s'entremêlent le
sable et l'argile avec d'autres dépôts minéraux plus ou mois abondants selon
les endroits. Souvent, ce sont ces débris d'origines diverses qui, liés à
l'orientation du terrain, font la différence dans la personnalité des vins.
Gentlemen affables
"Le Kessler partage la même veine géologique que le Kitterlé, mais ses sols
sont différents dans leur constitution et leur texture. Ils sont plus lourds
et plus riches que ceux de son voisin. Peut-être parce que l'argile est plus
présente par endroits et que, à la place des conglomérats de quartzite et
des dépôts gréso-volcaniques que nous trouvons dans le Kitterlé, ici nous
sommes en présence, surtout à la base du grand cru, d'affleurements de
Muschelkalk recouverts de sédiments gréseux", explique Laurent Rohrbach,
responsable des cultures du domaine Schlumberger. Ces éléments ont une
influence considérable sur le caractère des vins, ajoute son collègue Alain
Freyburger, responsable de la cave : "Les vins du Kitterlé sont des
montagnards, ils sont généreux certes, mais aussi rudes et parfois
caractériels, d'une approche difficile, alors que ceux du Kessler sont des
gentlemen affables."
Les vins du Kessler possèdent à la fois la puissance et la finesse, affirme
Jean Dirler de Bergholtz. "La nature du terroir et son exposition sud-est,
engendrent un équilibre entre le sucre et l'acidité qui les rend
incomparables. Ce sont des vins ronds, puissants, élégants et flatteurs qui
développent des arômes persistants dans la souplesse et l'harmonie." Les
gewurztraminers couvrent la plus grande partie des 28 hectares du grand cru,
mais il y aussi des tokays pinots gris et des rieslings qui profitent des
qualités exceptionnelles du terroir. La cuvette à l'abri des vents du nord
agit comme un régulateur thermique assurant un rythme de maturation
constant. Les raisins atteignent leur maturité plus tôt qu'ailleurs quel que
soit le cépage, et la morphologie du terrain, en retenant les brumes
matinales de l'arrière-saison, favorise le développement du botrytis dans
des conditions idéales pour l'élaboration de vendanges tardives et de
sélections de grains nobles parfaites. "Le paradoxe de ce terroir, est que,
tout en étant très précoce, il permet de retarder les vendanges jusqu'au
mois de décembre pour ne récolter que le sublime nectar", affirme Alain
Freyburger.
Sous la main de l'homme
A cet ensemble de facultés, il faut ajouter la régularité dans les
rendements et la persistance de la qualité d'une année sur l'autre,
signalent les vignerons du Kessler. "Les récoltes se situent entre 30 et 40
hl/ha, sans que l'on ait besoin d'intervenir pour réduire la production de
raisins, et la qualité ne fait jamais défaut, quel que soit le millésime. Le
terroir s'équilibre de lui-même", affirment-ils. Sans doute ont-ils raison.
Mais cette vision idyllique du terroir passe sous silence le labeur qu'ils
accomplissent pour que l'œuvre de la nature donne toute sa signification à
l'appellation grand cru. Les soins apportés à la vigne, aux parcelles et aux
fruits de la vendange démontrent que, si terroir produit le vin, le grand
cru, lui, se fait sous la main de l'homme. L'harmonie dans la bouteille
traduit, en somme, la complicité de la vigne avec le terroir, l'adéquation
du cépage et du porte-greffe aux énergies souterraines et aériennes de la
nature sous l'impulsion raisonnée et volontariste du vigneron. Cette
impulsion se manifeste différemment selon la personnalité de chacun, mais
elle se cristallise dans la reconnaissance d'une nécessité impérieuse : le
respect du sol que l'on cultive.
"Notre ligne de conduite obéit au souci d'assurer la pérennité du vignoble",
déclare Alain Freyburger. Cela exige que l'on écoute les vibrations que les
racines transmettent à la plante afin de comprendre l'état du sol et de
répondre à ses besoins de façon douce et naturelle. "Un sol malmené par une
culture intempestive ou agressé par des produits nocifs se détériore et
empêche la plante de développer le système nerveux qui la relie en
profondeur aux substances minérales. Dans ces conditions la vigne finit par
ne donner que de piètres raisins qui peuvent, tout au plus, servir à
l'élaboration des pauvres vins", conclut-il.
Influence cosmique
On dit souvent que la vigne doit souffrir pour donner le meilleur
d'elle-même. Peut-être faut-il voir dans cette croyance une réminiscence du
précepte biblique qui veut que l'accouchement se fasse dans la douleur ou un
vestige de l'idée romanesque selon laquelle le véritable artiste ne
s'exprime bien que dans le misère. C'est vrai que des nombreux créateurs
sont morts dans la pauvreté, mais rien ne dit que s'ils avaient connu la
gloire de leur vivant leurs œuvres auraient été moins parfaites. Le talent
n'est pas inversement proportionnel à l'absence de moyens pour subsister,
loin s'en faut. De même, déclare Jean Dirler, "ce dont la vigne a besoin, ce
n'est pas de souffrir mais d'être en harmonie avec le terroir. " Adepte de
la culture bio-dynamique, il préconise la valorisation du sol et de la
plante dans son environnement naturel par l'apport des matières minérales,
végétales et animales qui respectent le cycle biologique de la vie. "C'est
un travail minutieux qui suit le rythme des saisons et prend en compte
l'influence cosmique sur le métabolisme de la plante. " Le résultat est une
amélioration de la photosynthèse et un meilleur enracinement de la vigne,
qui se traduit par des raisins plus riches et des vins de haute qualité,
véritable expression du terroir qui les fait naître.
Source d'inspiration
Avec le Kessler, nous retrouvons un itinéraire dessiné, dès le VIIIe siècle,
par les moines de l'abbaye de Murbach et que, plus tard, dans leur
magnificence de princes-abbés, portèrent, de gré ou de force, au sommet de
la viticulture alsacienne. La sauvegarde de ce patrimoine a toujours été le
principal souci des vignerons que nous avons rencontré au cours de la
décennie écoulée. Ils nous ont exprimé leurs inquiétudes et leurs espoirs
suivant la conjoncture. Mais jamais ils n'ont doute des capacités de leurs
terroirs. Avec le temps, nous les avons vus se rapprocher chaque fois
davantage de leur terre, affiner leur travail et leurs méthodes pour que
leurs vignes continuent à distiller une part de bonheur. Aujourd'hui, alors
que la demande de grands crus confirme leur reconnaissance par un public de
plus en plus large, les vignerons des versants ensoleillées du Florival
poursuivent leur labeur pour que la qualité du vin soit la source
d'inspiration de tout le vignoble alsacien. Dans cette démarche, le grand
cru Kessler leur facilite la tâche.
Vous pouvez lire
l'Avis du Connaisseur sur les vins issus de ce terroir.
Victor CANALES |
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Annuaire des vignerons indépendants d'Alsace
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