Le Bildstoecklé d’Obermorschwihr et Herrlisheim.
Si bien exposé…
Les grands vins ne naissent pas nécessairement au sommet de versants vertigineux, juste avant que la forêt ne prenne le dessus sur les vignes.
Même si, tantôt, l’inconscient collectif imagine volontiers la grandeur nécessairement liée aux prouesses techniques et humaines de versants fameux, il faut se rappeler que des pentes douces, non loin de la plaine, disposent parfois d’atouts décisifs.
C’est le cas du Bildstœcklé, au-dessus d’Obermorschwihr. Comme pour son cousin le Westerberg, les délimitations des grands crus ont fonctionné sans que l’on s’attarde sur le cas de ce lieu-dit. Sur place, on sait bien qu’il manquait de convaincus pour garantir l’accès du coteau à la consécration suprême. Une parenthèse historique est venue à bout de l’idée de quelques rares zélateurs rêvant de voir le Bildstœckle s’afficher aux côtés des grands crus voisins. A Obermorschwihr comme ans bien d’autres sites en Alsace, l’Histoire a fait oublier que le coteau était connu pour ses grands vins depuis près de 9 siècles.
Il a fallu les vicissitudes historiques subies par l’Alsace pour s’écarter de cette logique. Au cours de l’ère qui a précédé l’annexion de l’Alsace et de la Moselle en 1871, des générations de vignerons ont mis en valeur le Bildstœckle dans ce qu’il a de particulier, c’est-à-dire son terroir. Des efforts ont été faits pour faire ressortir les caractéristiques d’un sol marqué par le calcaire et doté d’une exposition remarquable. « Situé à l’écart des collines sous-vosgiennes, le lieu-dit bénéficie d’un ensoleillement prolongé ainsi qu’une d’une ventilation très favorable », souligne le syndicat viticole local dans son rapport de présentation.
Largement dominé par le gewurztraminer te le riesling, le coteau paraît propice au pinot noir. Pour l’heure, seul Sylvain Hertzog (Herrlisheim) a entrepris de revendiquer ces vins qui apprécient les sols calcaires richement dotés en fer. Pour le reste, l’ambition locale est d’appliquer avant toute classification les règles de production des grands crus, y compris une dégustation d’agrément organisée par le syndicat viticole local. Comme partout, voilà une dimension des terroirs à même de faire évoluer les habitudes. En effet, des vignerons d’autres localités voisines ont découvert la passion que peut engendrer un terroir aussi expressif. C’est par exemple le cas du domaine Gérard et Bruno Schueller, de Husseren-les-Châteaux. La mise en valeur d’un lieu-dit représente une dimension collective essentielle. Alors que l’essence même du travail du vigneron procède de la démarche individuelle, la viticulture de terroir recèle une part déterminante de travail en commun. De découvertes effectuées à plusieurs, pas à pas.
Sur les 28 ha pour l’heure concernés par le projet de classement, situés entre 225 et 321 mètres d’altitude, les vignerons pratiquent ainsi. En recherchant les meilleures solutions pour que ce coteau développe ses spécificités et retrouve un renom qui le faisait citer depuis le Xè siècle sur les chroniques enthousiastes d’ecclésiastiques œnophiles, comme il se doit. Sans remonter à ces anciennes références, les habitants d’Obermorschwihr et de Herrlisheim se souviennent des années 40 où plusieurs vignerons affichaient le Bildstœcklé sur les étiquettes de « traminers ». Depuis quelques années, le retour au terroir s’est opéré sur le coteau. Pour le plus grand plaisir des amateurs de vins d’Alsace.