Les déclarations de vendanges tardives sont allées bon train la semaine dernière et les agents de l’Inao, chargés de constater les degrés de chaque cuvée, ne savaient où donner de la tête tant les demandes ont afflué. 
C’est finalement la bonne surprise du millésime 2006 : les raisins ont regagné les degrés et sont même allés au-delà des minima requis pour revendiquer la fameuse mention vendanges tardives. Le millésime comptera dans ses rangs de nombreuses cuvées de vendanges tardives en riesling et en gewurztraminer : des rieslings à 16° potentiels à Barr pour Vincent Stoefler et Jean-Daniel Héring, des gewurztraminers à 18° sur Bergheim et même plus à Barr. Dans les grands crus du vignoble, on annonce de beaux degrés : un riesling Kastelberg à 16,2° pour Guy Wach à Andlau, un gewurztraminer Altenberg de Bergbieten du même acabit pour Frédéric Mochel à Traenheim, des gewurztraminers Heimbourg qui dépassent souvent les 15° pour Gérard Weinzorn à Niedermorschwihr, de même pour les rieslings Sommerberg.
“Il y a encore tout juste une semaine personne n'aurait cru en un tel retournement de situation. Nous y compris !”, s’étonne Etienne Hugel, sur le site internet qui relate quotidiennement la vie de la maison à Riquewihr. Il y aura de belles vendanges tardives sur le Sporen et le Schoenenbourg, mais il faudra trier : “Dans le meilleur des cas, pour les plus patients, il y aura des raisins atteints de pourriture noble côtoyant d'autres plus roturiers dont la récolte demandera une bonne connaissance de ce champignon capricieux. La météo des prochains jours sera déterminante mais pour l’instant tous les espoirs sont permis”, avait expliqué Jean Hugel. Son vœu a été exaucé. Les caméras de France 3 n’ont pas manqué de filmer la cinquantaine de vendangeurs s’affairant autour des rieslings dans les brumes du petit matin.
Après l’épisode de pluies, le moral des vignerons était en berne. Certains en ont même pleuré. Quelques jours plus tard, la dégustation des jus et des vins en fermentation ou au soutirage montre que l’œnologie a, semble-t-il, réussi à préserver la qualité au prix d’efforts conséquents dans les chais : pressurages fractionnés, collages, débourbages serrés et même double débourbage, le tout en un temps record. Chacun avait son credo. Pour Marc Hugel, il a fallu agir vite au débourbage. Bertrand Praz insiste sur le fractionnement au pressurage, quant à Michel Pinsun, il a conseillé des doubles débourbages, avec apparemment de très bons résultats. Mais il faut aussi souligner que ce millésime partait d’un potentiel extraordinaire avec une acidité constituée de trois quarts d’acide tartrique. “S’il n’y avait pas eu cet épisode de pluies chaudes, ce millésime aurait assurément été l’un des plus magnifiques, mais tout est loin d’être perdu.”
Le lever de rideau qu’est le soutirage laisse finalement apparaître des vins droits, annonce-t-on dans le vignoble. Ajouté à ceci, les nombreuses vendanges tardives et le bilan global ne sera pas si mauvais. Une première moitié de vins structurés et puissants, portés par une acidité soutenue mais très agréable, et des vins de coteaux récoltés ces jours-ci, avec moins d’acidité certes, mais puissants et aromatiques.
2006 ne posera pas tant un problème de qualité que de volume. Les vins génériques vont sérieusement manquer. Les mercuriales indiquent une tendance à la baisse des cours, ce qui est d’ailleurs tout à fait étonnant.
D. L.
Est agricole et viticole N°42
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