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Millésimes : les vraies questions et les bonnes réponses

02_06_D_GUST_VIN_WEINZORN_011redim_copie.jpgLa notion de millésime demeure solidement ancrée dans l’esprit de tous les amateurs de vins comme des professionnels. Les vignerons le savent mieux que quiconque, eux pour qui cette notion est vécue au quotidien dans les vignes comme dans la relation avec la clientèle. Pourtant, trop de malentendus subsistent à ce sujet et inhibent les propos sur le vin. Voyage au cœur d’une notion finalement méconnue.

Il n’y a jamais de dégustation sans question sur les millésimes. Les différences entre les années, et surtout l’interrogation récurrente sur le millésime à venir. Souvent, les clients attendent de nous des réponses bien tranchées, avec des caractéristiques constantes que l’on va retrouver dans tous les types de vins. Et il est bien difficile d’expliquer combien ces réponses sont parfois difficiles à donner, compte tenu du nombre de paramètres en cause ». Ce vigneron indépendant de Wettolsheim résume en quelques phrases la complexité de la question des millésimes. Certes, chaque année fait apparaître des paramètres qui lui sont propres, et que l’on peut parfois retrouver dans des années antérieures. De même, les dominantes climatiques se retrouvent dans un vignoble comme l’Alsace, certes long d’environ 150 kilomètres, mais où l’on retrouve les mêmes tendances principales du nord au sud.

"Il convient de retenir la grande variété des situations possibles "

Mais de nombreux exemples prouvent que les données climatiques que l’on rencontre ici où là peuvent présenter de singulières différences. Un exemple : en 2003, l’année de la canicule, quelques secteurs bien définis ont bénéficié d’orages localisés, accompagnés de pluies substantielles, qui ont considérablement modifié le développement des vignes. Résultat, des cuvées dotées d’une acidité d’autant plus remarquable qu’elle structure une matière exceptionnellement riche.


Tout est affaire de nuances

Autrement dit, il faut savoir moduler l’appréciation portée sur un millésime en la nuançant. Rien n’est plus réducteur que les tableaux présentant la qualité des millésimes par vignoble, car ce qui est vrai pour l’Alsace peut être transposé dans les autres régions. Avec dans le cas qui nous intéresse en priorité des éléments à charge supplémentaires : la variété des cépages qui ne réagissent pas tous de façon identique aux éléments climatiques, les différences géologiques souvent considérables et, pour certains types de vin, le développement ou l’absence de botrytis (voir Vigneron d’Alsace(s) n° 62).
Ainsi, l’information essentielle qu’il convient de retenir est la variété des situations possibles. « Ce n’est pas parce le Riesling est excellent à Scherwiller, par exemple, qu’il sera génial à Rouffach et réciproquement. Il faut absolument nuancer les commentaires sur les millésimes en faisant apparaître le maximum d’éléments qui peuvent caractériser une année sans oublier les éléments qui engendrent des cas particuliers : terroirs spécifiques, cépages, orages ou gelées printanières, etc. », insiste un vigneron de Husseren-les-Châteaux.
L’essentiel reste d’éviter l’esprit réducteur selon lequel il y aurait simplement des bonnes et des mauvaises années. Simplement, il existe, en dehors de quelques cas particuliers, des années où les vins vont exprimer des caractéristiques différentes. Dans les vins blancs, l’acidité sera plus ou moins pointue, un effet de fœhn (comme en 1997) permettra de concentrer les jus et d’élaborer pléthore de Vendanges Tardives, etc.
Complexe, tout cela ? Si l’on veut. D’autant que nous devons prendre en compte une autre réalité : la problématique du millésime dépend aussi de l’activité humaine. Rendements plus ou moins élevés, pratiques viti-vinicoles peu respectueuses des raisins et de la terre, usage du tout chimique en cave sont aussi de nature à interférer dans la connaissance d’un millésime. Pour éviter ces écueils, le mieux est de fréquenter assidûment les vignerons indépendants.

Terroirs et climats

Pour certains vignerons indépendants adeptes de la viticulture de terroir, l’influence du millésime tend à se réduire. « Si les vignes cherchent et trouvent l’essentiel de leur nourriture grâce à un enracinement très profond, il est évident que les aléas climatiques auront moins de conséquences que dans le cas d’une vigne dont les racines restent à la surface », soutient Jean-Michel Deiss (Bergheim). De même, l’enchaînement des années joue également un rôle : la canicule de 2003 fut suivie d’une année de fort rendement comme 2004 alors qu’en 2005, même les viticulteurs peu soucieux de maîtriser la vigueur de leurs vignes n’ont quasiment pas eu d’efforts à accomplir pour rester dans les limites autorisées. Ainsi, la climatologie n’est pas sans effet, puisque l’on trouve dans les courriers commerciaux et sur les sites Internet des vignerons indépendants de fréquents commentaires sur les millésimes.



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